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Littérature sans frontières

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  • Ruslan Hordiienko, de l'Ukraine à la France, du chagrin au silence

    27/02/2026
    « Viens, on va dans un café, on s'installe à une table et on ne prononce aucun mot. On se dévisage, on s'exprime avec nos gestes, nos regards, nos sourires... Et ce n'est qu'au bout d'un certain temps, si on le veut, bien sûr, que l'on s'adresse la première parole. Ou que l'on se quitte, sans connaître la voix de l'autre. » Suite à plusieurs déceptions amoureuses, Roméo, un jeune homme d'une vingtaine d'années, propose à des femmes et des hommes de se rencontrer, en silence. 
    Originaire d’Ukraine, Ruslan Hordiienko arrive en France en 2015, à l’âge de dix-sept ans, pour étudier l’art dramatique à Strasbourg, Colmar puis Lyon. Aujourd’hui, il mêle théâtre, mouvement, performance et écriture dans sa pratique artistique, il écrit en français et Enfin silence est son premier roman.
    Extrait :
    Je suis tombé amoureux d’une fille.
    Un jour, je lui déclare mon amour, mais cet amour n’est pas réciproque. Nous devenons tout de même amis. Nous nous voyons fréquemment, jouons aux échecs et nous enivrons ensemble. L’amour m’apparaît à nouveau concevable, son refus à elle, précipité, ses yeux avides. Je commence à traduire tous ses gestes comme une invitation, tous ses regards comme une déclaration. Toutes mes pensées lui sont destinées, mon temps lui est dévolu, mes rêves lui sont dédiés. Je vois mon amour affamé, et bien que je m’efforce toujours de le lui cacher, je sens qu’elle le devine. Un soir, après une projection de film chez elle, je reste seul une vingtaine de minutes dans le hall de l’immeuble, à m’infliger le reste de la bouteille de vin qu’on avait entamée ensemble. Sûr de vouloir lui dire je t’aime. Certain de cette réciprocité. Impatient d’y céder. Je remonte, frappe à sa porte, gêné par ces mots que je suis sur le point de lui livrer, convaincu pourtant qu’elle les attend. Je lui confie 'je t’aime', je compte sur un 'moi aussi'. Non. Elle déclare n’éprouver aucune attirance pour moi, aucune passion, aucun amour. Rien. Nous nous quittons en nous prenant dans les bras, et j’associe désormais cette étreinte à un espoir mourant. Puisqu’alors je vivais dans un déni que seuls les mots ont su briser, je cherche à mieux saisir ce qui se dit sans eux, la manière dont je perçois le silence et dont je l’interprète. Me vient l’idée de m’imposer le silence comme une contrainte : si je ne l’apprivoise pas, il continuera d’inventer ses propres histoires. Je décide de rencontrer des gens sans échanger un mot, pour comprendre et réussir à ne parler qu’avec le corps. Pour tenter de lire dans un regard, un geste, un pli du visage : aveu, désir, proposition, rejet, indécision. De sorte à ne plus jamais être blessé. Comme c’est dans l’attirance et la séduction que naît mon tourment, j’en fais le point de départ. Je télécharge des applications de rencontre, sous un faux nom, par anticipation, car les mots et les prénoms n’auront pas leur place, et j’écris en description : « Viens, on va dans un café, on s’installe à une table et on ne prononce aucun mot. On se dévisage, on s’exprime avec nos gestes, nos regards, nos sourires… Et ce n’est qu’au bout d’un certain temps, si on le veut, bien sûr, que l’on s’adresse la première parole. Ou que l’on se quitte, sans connaître la voix de l’autre. » (Les éditions les Pérégrines)
    Illustration musicale : « La tendresse », de Marie Laforêt.
  • Être femme en Bulgarie avant et après la chute du communisme avec Joanna Elmy

    20/02/2026
    À quoi ressemblait la vie en Bulgarie après la chute du Mur, quand on avait 10 ans, 30 ans, 50 ans ? Comment s’est passée la fin du régime autoritaire, la transition démocratique et comment comprendre cet appel vers le grand Ouest ? Ce sont quelques-unes des questions qui traversent le premier roman de mon invitée aujourd’hui, née à Sofia et qui a connu ces périodes qu’elle raconte à travers trois générations de femmes. Eva, Lili et Yana, grand-mère, mère et fille.
    Née en 1995 à Sofia, en Bulgarie, Joanna Elmy est écrivaine et journaliste. Diplômée de La Sorbonne, elle est l’une des principales nouvelles autrices de son pays. Son livre Porter la faute a reçu le prestigieux prix bulgare de la Littérature émergente. Ses essais et critiques sont parus dans divers journaux. Elle vit entre son pays natal et les États-Unis. Porter la faute est son premier roman.
    Traduit du bulgare par Marie Vrinat
    Yana, une jeune Bulgare née après la chute du Mur, est venue tenter sa chance aux États-Unis. Un soir, elle est témoin d'un accident de vélo. En apprenant que la victime est une autre immigrée d’Europe de l’Est, Yana est envahie par un flot de souvenirs qui mettent en scène les héroïnes de sa vie d’avant : sa mère, Lili, médecin qui a subi l’alcoolisme de son mari ; sa grand-mère, Eva, qui a survécu avec elles à la violence des hommes et du régime…
    De la maison natale d'Eva et de son village bulgare aux plages du Delaware, Porter la faute déploie avec une puissance narrative rare le destin de femmes marquées par l'exil, la culpabilité et leur quête éperdue d'un chez-soi qui n'existe peut-être nulle part. Joanna Elmy dresse le portrait magnétique d'une génération déchirée entre passé et avenir, entre fidélité et rupture, qui tente d’inventer une alternative à la résignation. 
    Ce premier roman incandescent nous plonge au cœur des plaies intimes creusées par la grande Histoire. (Présentation des éditions Le Bruit du monde).
    MUSIQUE : Nocturne Op. 9 n°2 en mi bémol majeur.
  • Samira El Ayachi, sa mère et Emma Bovary, trois fois être femme

    13/02/2026
    Samira El Ayachi est née à Lens en 1979. Elle se consacre à l’écriture quand elle ne parcourt pas la France et le Maroc, à la rencontre de ses lecteurs. Elle est l'autrice de plusieurs romans dont « Quarante jours après ma mort », « Les femmes sont occupées », « Le ventre des hommes ». Sa nouvelle publication, aux éditions de l'Aube, s'intitule « Madame Bovary, ma mère et moi ».
    Quand le médecin demande : « Avez-vous des antécédents familiaux ? », Salwa reste muette. Elle réalise qu’elle ne sait presque rien. Ni sur les maladies des femmes de sa lignée, ni sur leur histoire. Rien de ce qui a pu se transmettre à son propre corps. Pourtant, résonnent en elle des douleurs sans nom, une envie folle de vivre, le silence d’une mère… et l’écho d’Emma Bovary.
    De ce silence, naît une quête. Entre une mère et sa fille, se déploient les secrets, les exils, les tensions, les non-dits, et un chemin pour se rencontrer enfin.
    Samira El Ayachi explore avec finesse un angle mort de notre histoire collective : la santé mentale des femmes arrivées en France avec le « regroupement familial », au tournant des années 80.
    Un roman de filiation et d’émancipation. (Présentation des éditions de l'Aube).
  • Jean-Marie Gustave Le Clézio, le prix Nobel de Littérature, revient au Mexique

    06/02/2026
    Prix Nobel de Littérature en 2008, Jean-Marie Gustave Le Clézio est un écrivain nomade. De l'île Maurice où sont ses racines, en passant par le Nigeria où il a grandi, ou encore le Maroc cher à son cœur, son œuvre riche et multiple est irriguée par ses voyages et ses rencontres. Avec son nouveau livre le voici de retour au Mexique, pays qu'il connait et aime depuis très longtemps.
    En témoignent les trois figures littéraires qu'il nous invite à redécouvrir à travers ce récit intitulé « Trois Mexique », aux éditions Gallimard. Là où l'auteur m'a accueillie pour ce grand entretien.
    « Ce qui importe à Juana Inés de la Cruz, c’est le chemin du labyrinthe, la vérité que le dédale cachait à Thésée, et que seul le fil d’Ariane pouvait révéler, puisque l’amour était au bout. »
    Dans ce récit lumineux, J. M. G. Le Clézio se penche sur trois figures mexicaines de son panthéon personnel : la poétesse sœur Juana Inés de la Cruz (1651-1695), génie méconnu et féministe avant l’heure ; l’écrivain Juan Rulfo (1917-1986), mythique auteur du roman Pedro Páramo et d’un seul recueil de nouvelles, véritable inventeur du réalisme magique ; et Luis González y González (1925-2003), historien de son village perché natal, qui est la première expression de ce qui deviendra plus tard la microhistoire. Par leur attachement à la terre, leur « mexicanité » instinctive et leur recherche d’authenticité dans l’écriture, Cruz, Rulfo et González illustrent des thèmes chers au plus mexicain des auteurs français. (Présentation des éditions Gallimard)
  • En souvenir de Vénus Khoury-Ghata, grande écrivaine libanaise et française

    30/01/2026
    Amoureuse éperdue de la langue française, Vénus Khoury-Ghata vient de s'éteindre à l'âge de 88 ans. Romancière, poète, traductrice, elle a toute sa vie tissé des liens entre son Liban natal et la France où elle vivait. Autrice d'une œuvre très importante, une soixantaine de titres, de nombreuses fois récompensée par l'Académie française, le prix Goncourt de poésie entre autres, Vénus Khoury-Ghata était la voix des femmes et des invisibles.
    En souvenir de cette lectrice insatiable, de cette écrivaine sensible, rediffusion d'un grand entretien chez elle.
    Rencontre avec Vénus Khoury-Ghata autour de son dernier roman « En souvenir des hommes » (Actes Sud, 2021).
    "Diane, qui a atteint un âge qu’on préfère taire, se rend dans une boutique de pompes funèbres pour acheter un caveau et se retrouve avec un emplacement prévu pour deux cercueils… Au fil de sa vie bohème, Diane a aimé des hommes, s’est lassée de certains, a été quittée par d’autres, a enterré celui qui comptait le plus. Bref, elle est seule, n’a même plus de chat, et il ne sera pas dit que cette solitude la poursuivra dans l’au-delà. La voilà qui recherche, parmi les encore vivants qui l’ont aimée, celui qui serait prêt à devenir son compagnon du grand sommeil.
    Dans cette quête, elle est encouragée et volontiers taquinée par son amie de toujours, Hélène, veuve partie mettre en vente la villa sur la Riviera dans laquelle est mort son époux, et qui trouve là une manière inattendue d’ensoleiller sa vie.
    Ce roman aussi grave que fantasque, qui parle de mort, de solitude et de chagrin avec l’élégance de la légèreté, offre deux portraits de vieilles dames indignes délicieusement complices, bouleversantes et merveilleusement inspirantes." (Présentation des éditions Actes Sud)
    Également cités : "Ton chant est plus long que ton souffle", entretiens avec Caroline Boidé, aux éditions Écriture et "Lune n'est lune que pour le chat", aux éditions Bruno Doucey.

Acerca de Littérature sans frontières

Parce que le livre ouvre sur le monde et que le monde se comprend par le livre, chaque semaine, le magazine littéraire de RFI reçoit un grand écrivain francophone ou étranger. Au sommaire, également, toute l’actualité de la littérature française et internationale : des reportages, des témoignages, des coups de cœur et un partenariat avec le magazine «Books» qui rend compte, chaque mois, des livres et des idées du monde entier. Réalisation : Apolline Verlon-Raizon. *** Diffusions : le vendredi à 13h30 TU vers toutes cibles ; 17h30 vers l'Afrique lusophone ; 21h30 vers l'Afrique haoussa ; et le lundi à 00h30 TU vers toutes cibles. 
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