Littérature sans frontières
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- Le 14 septembre 2026, Michel Butor aurait eu cent ans. Figure majeure du 20ème siècle et du « Nouveau roman », mouvement littéraire des années 50, il avait publié entre autres La Modification (Prix Renaudot). À l'heure où la France et le monde entier, dont les États-Unis avec un colloque international, rendent hommage à ce géant généreux avec une centaine de manifestations, et pour célébrer son centenaire, voici la version inédite d'un entretien diffusé en 2013 dans le magazine « À double titre ».
Michel Butor, écrivain, poète et essayiste français, est généralement présenté comme l'un des représentants du « Nouveau Roman » pour ses quatre romans des années 1950 : Passage de Milan (1954), L'Emploi du temps (prix Fénéon, 1956), La Modification (prix Renaudot, 1957) et Degrés (1960). Cette étiquette ne rend compte que d'une petite partie de son œuvre : dès les années 1960, il abandonne le roman pour explorer des formes d'écriture expérimentales, au croisement des arts plastiques, de la musique et d'autres cultures.
Les cinquante années suivantes sont consacrées à une œuvre très vaste et polymorphe. Enseignant-voyageur en Égypte, en Grèce, aux États-Unis et en Suisse, Michel Butor se passionne pour les lieux, les cultures et les langues. Il invente une géographie poétique du monde (Le Génie du lieu, Mobile, Boomerang), réécrit l’histoire de la littérature et de la peinture dans ses essais (Répertoire, Improvisations), et construit avec plus de 450 artistes plasticiens, photographes et musiciens — Alechinsky, Miquel Barceló, Seund Ja Rhee parmi d’autres — une œuvre de dialogue sans équivalent dans le paysage littéraire français. En 2013, l’Académie française lui décerne son grand prix de littérature pour l’ensemble de cette œuvre — il avait 87 ans.
Né à Mons-en-Barœul, formé à La Sorbonne, retiré à la fin des années 1980 dans sa maison de Lucinges (« À l’écart ») en Haute-Savoie, il n’a jamais cessé d’écrire, de correspondre, de voyager, jusqu’à sa mort le 24 août 2016. Sa maison est aujourd’hui une résidence d’artistes et Maison des Illustres (Présentation de L'Archipel Butor)
Tout le programme des manifestations en France et à l'étranger pour le centenaire de Michel Butor est à retrouver ici.
Illustrations de l'entretien :
* Chanson : À la Claire fontaine, interprétée par Manu Dibango
* Littérature : Les poètes de 7 ans d'Arthur Rimbaud
* Littérature : Les 1001 nuits, lu par Michel Butor.
* Musique : Sotto Voce de Marc Copland. - Deux femmes : une petite fille, Jeanne, et sa grand-mère, Ama, deux continents, l'Europe et l'Asie, deux histoires opposées, l’une sous le signe de l'oppression, l’autre de la liberté. Deux personnes a priori éloignées et pourtant liées par un amour inconditionnel qui, au-delà des langues, de leur culture d'origine, avaient beaucoup en commun et, pour commencer, la littérature. Ama aurait aimé écrire son histoire, Jeanne Pham Tran a réalisé son vœu avec Les ombres de l'exil où elle met en miroir leurs deux destins.
Née en 1986, Jeanne Pham Tran vit aujourd'hui en Thaïlande. Elle est éditrice et écrivaine. Après De rage et de lumière (2023) Les ombres de l'exil est son deuxième roman.
« Dans sa cuisine de Vitry-sur-Seine, je demande à Ama, ma grand-mère, de me raconter sa vie autrefois, en Chine dans les rizières, dans l’Indochine française au service du dernier empereur d’Annam, puis en France. Elle répond : à quoi ça sert ? Une histoire de nhà quê, ça intéresse qui ?
Il n’y a pas de souvenir d’enfance, dis-tu. Rien à quoi m’accrocher pour me représenter ce monde dont tu viens, ce monde que tu veux oublier alors que je ne cesse d’y revenir, d’excaver ta mémoire, notre mémoire.
J’ai cherché ce qui nous relie et nous sépare, ce chemin de boue et de poussière, cette distance spatio-temporelle réduite à néant quand nos peaux se trouvent l’une contre l’autre, quand je reconnais le parfum du riz au jasmin et le goût de ta cuisine. » (extrait)
Ce roman est une quête des origines, un voyage sur les traces effacées d’une famille française et sino-vietnamienne. Il interroge l’exil et la mémoire, ce dont on hérite ou pas, les traumas et les silences, les fantômes que l’on porte malgré soi, les assignations qui ont façonné chaque génération, l’identité plurielle et métisse.
Dans une langue vive, poignante et poétique, Jeanne Pham Tran tente de réparer, avec pudeur et tendresse, le fil brisé de la transmission. (Présentation des éditions Mercure de France)
Illustration musicale : Plantation song de Thanh Huong – Nguyen Lê - On connaissait la plume puissante d'Ananda Devi, son univers littéraire traversé de violences, de souffrances, de magie, de rébellion, mais ici c’est comme si tous ses livres précédents s’étaient rejoints dans un même fleuve : celui de nos origines. Un roman-monde fascinant qui, à travers la vie d’une communauté, nous immerge dans toute la complexité humaine. Chronique d’un royaume perdu aux éditions Grasset, est une fiction fabuleuse qui se déploie sur quatre générations du 19ᵉ siècle à nos jours sur l’île Maurice, sa terre natale, et se déroule dans un lieu qui existe vraiment, le Bouchon, même si, à partir de cette géographie réelle, elle réinvente, crée littéralement un nouveau mythe.
Née à l’île Maurice, Ananda Devi est l’autrice d’une œuvre récompensée par de nombreux prix et traduite en une douzaine de langues. Parmi ses livres les plus marquants, Eve de ses décombres (2006, prix des Cinq Continents, prix RFO), Le sari vert (2009, prix Louis Guilloux), Le rire des déesses (2021, prix Femina des lycéens) et Le jour des caméléons (2023, prix de la Langue Française). Elle a reçu le prix Neustadt 2024 des États-Unis pour l’ensemble de son œuvre.
Au Bouchon, petit village isolé de l’île Maurice, quatre générations se succèdent depuis le temps de l’esclavage. La violence se mêle à l’amour, la tendresse à la haine, les plus nobles passions aux vices les plus vils, les sangs des unes aux sangs des autres…
Les cinq fondateurs viennent d’une plantation lointaine : trois sont nés dans la puissante et blanche famille Dumontais ; deux d’une esclave noire. Mais les trois blancs sont en vérité le fruit d’une passion entre Madame et le Vieux Bouc, un esclave magnétique qui revendique aussi la paternité des deux derniers. Bannis pour s’être liés d’amour et d’amitié, les cinq enfants devenus grands trouvent refuge dans ce lieu perdu dont ils font leur royaume, autarcique et magique, qu’ils défendent d’un seul corps, puisqu’ici sont abolies les frontières entre passé, présent et avenir ; vie et mort ; réel et fantastique.
Tel homme entend sans le vouloir tous les péchés humains ; telle femme meurt et renait en déesse protectrice ; un enfant vit parmi les oiseaux quand son cousin viole et tue sans frein ; le moulin est hanté par les voix des fantômes, la nature donne les plus beaux fruits mais décapite la chapelle ; les guerres du monde contemporain rencontrent les combats intérieurs de chaque individu et l’histoire de l’humanité se reproduit dans l’infiniment petit de leurs existences débridées. Parmi eux, un enfant timide sera le chroniqueur de ce royaume hors-norme dont il livre les jours de paix, de luttes, et les nuits de folie pour empêcher l’oubli.
Épopée fabuleuse, mythologie vibrante, fable majestueuse, cette Chronique d’un Royaume perdu est le chef d'œuvre d’Ananda Devi. (Présentation des éditions Grasset)
ILLUSTRATION MUSICALE : A nou krié de Fanfan. - Nouvel épisode de cette série qui propose un grand entretien avec un.e auteur.e dans son pays natal. Et c'est à Kinshasa que je retrouve Pascal Boroto, le lauréat du cinquième prix littéraire « Voix d'Afriques » de RFI et des éditions J.-C. Lattès. Découverte d'un jeune écrivain de 25 ans qui raconte son pays, la République démocratique du Congo, à travers le portrait de sa mère. Une rencontre tout en émotion.
Économiste et journaliste, Pascal Boroto est originaire du Kivu, en RDC. Il a travaillé comme enquêteur dans plusieurs camps de déplacés, au sein d’équipes de collecte de données du Fonarev. Pour faire entendre les histoires qu’on lui a confiées, il a fondé Les Voix des Oubliés. Le nom de ma mère, primé par le prix « Voix d'Afriques » est son premier roman.
« Mon écriture est un pont, une main tendue, qui prend sa source dans cette tension-là, celle qui existe entre la vie et la disparition, entre l’absolution et la dénonciation, entre la présence et le manque. Au fond, elle naît de l’espace qui me sépare et me relie à ma mère et à ma terre. »
Solange Lusiku est une femme respectée et menacée. Elle a fondé un journal indépendant à Bukavu, en République démocratique du Congo. Pour son fils Pascal, elle est une héroïne, la pierre angulaire de leur famille et de sa vie. Alors qu’il est encore lycéen, Solange meurt, laissant Pascal sans repère ni modèle. Débute ainsi la trajectoire d’un jeune homme habité par le manque. Quelques années plus tard, il intègre l’équipe du journal de sa mère. Mais quel homme, quel journaliste souhaite-t-il devenir ? Il décide de partir pour Goma, la ville martyre marquée par les guerres et la douleur. Et sa vie bascule. (Présentation des éditions J.-C. Lattès)
ILLUSTRATION MUSICALE : Jean-Claude Gianadda Sel de la terre. - Nouvel épisode de cette série qui propose un grand entretien avec un.e auteur.e sur la terre de ses origines. Direction la Martinique aujourd'hui avec l'interprète et romancière Viktor Lazlo. Européenne de formation mais profondément caraïbéenne, l'artiste revient sur ses racines, ses débuts comme chanteuse et son lien vital à l'écriture comme en témoignent tous ses livres. Rencontre sur place face à l'océan.
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie, Viktor Lazlo enregistre un premier album de chansons. Cinq disques d’or, de nombreux films et quelques pièces de théâtre plus tard, elle publie trois romans chez Albin Michel : La femme qui pleure (2010, prix Charles Brisset), My name is Billie Holiday (2012), et Les tremblements essentiels (2015), et chez Grasset : Les passagers du siècle (2018), une grande saga dont Trafiquants de colère constitue le deuxième volet. en 2025, elle a publié un récit intitulé Mon cœur bruyant.
« C’est à s’aimer que le temps passe » chantait Juliette Gréco. Comme elle, Viktor Lazlo aura passé sa vie à chanter. Et autant à aimer. Du moins à essayer. Car comment faire avec ce cœur bruyant qui veut celui qui fuit et quitte celui qui reste ? Comment faire quand on a pour parents le modèle d’un couple apparemment si parfait ? Et quand, sous les robes Thierry Mugler et le sourire de magazine, on tremble encore devant un homme qu’on croit pouvoir aimer ?
Dans ce récit bruyant d’esprit et de sincérité seulement, Viktor Lazlo revient sur son passé pour retrouver les figures des hommes qu’elle a aimés, parfois jusqu’au danger, et peindre avec eux son autoportrait amoureux. Les chapitres suivent la flèche du temps mais s’organisent en fonction de ses amours : de son premier béguin, un jeune Italien rencontré dans la Belgique de son enfance, si loin de la Martinique et Grenade de ses parents, à celui qu’elle nomme « l’homme de sa vie » et qui le sera quatorze ans durant, elle dresse les portraits successifs des hommes et relations qui l’ont marquée à jamais : son premier mari ; le père de son fils ; un célèbre chanteur auquel la passion l’attachera ; un acteur beau à crever soufflant le chaud et froid ; une femme dont elle aurait dû se méfier ; un mystérieux acteur américain… Et ce dernier amant dont le portrait traverse le texte, avec lequel elle rejoue sans pouvoir l’empêcher la scène trop familière de la femme qui espère et de l’homme qui s’enfuit.
Allant d’homme en homme, Viktor Lazlo traverse les années et nous livre également la face A de sa vie : sa carrière lancée par ses premiers concerts, ses tubes planétaires, le succès, les voyages, de Paris à New York et jusqu’au cercle princier, les fêtes. Mais aussi les doutes, la solitude, les fragilités. Une existence guidée par ce cœur bruyant qui ne cesse pas d’aimer. (Présentation des éditions Grasset)
ILLUSTRATION MUSICALE : Viktor Laslo - Ébène.
Acerca de Littérature sans frontières
Parce que le livre ouvre sur le monde et que le monde se comprend par le livre, chaque semaine, le magazine littéraire de RFI reçoit un grand écrivain francophone ou étranger. Au sommaire, également, toute l’actualité de la littérature française et internationale : des reportages, des témoignages, des coups de cœur et un partenariat avec le magazine «Books» qui rend compte, chaque mois, des livres et des idées du monde entier. Réalisation : Apolline Verlon-Raizon. *** Diffusions : le vendredi à 13h30 TU vers toutes cibles ; 18h30 vers l'Afrique lusophone ; 22h30 vers l'Afrique haoussa ; et le lundi à 00h30 TU vers toutes cibles.
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