Après neuf ans en Russie, le journaliste indépendant Paul Gogo publie Moscou Parano, un livre dans lequel raconte les coulisses de son métier de correspondant dans dans ce pays. Entre harcèlement administratif, surveillance permanente et climat de délation, il explique au micro de L'atelier des médias de RFI pourquoi il a finalement quitté Moscou en février 2026.
Le journalisme en Russie est-il devenu mission impossible quand on est indépendant ? Pour Paul Gogo, qui vivait à Moscou depuis 2017, la réponse est amère. Dans son dernier livre – le deuxième –, Moscou Parano – La Russie de Poutine mise à nu, il décrit un pays transformé par la guerre en Ukraine en une dystopie où la surveillance est devenue la norme. Dans L'atelier des médias, le journaliste français confie que quitter le territoire russe a finalement représenté un soulagement : « Je ne suis plus dans une situation où je pourrais finir en prison ce soir. »
L'héritage d'Anna Politkovskaïa
Profondément marqué par la lecture de la journaliste assassinée Anna Politkovskaïa, Paul Gogo a bâti son approche éditoriale sur le reportage au long cours, dans les pays en conflit, pour « donner la parole aux vivants ». Il rappelle aussi que la société russe n'est pas monolithique. Pour lui, il est crucial de chercher les nuances au sein de la population, soulignant la complexité d'un peuple pris entre lassitude et peur.
Cette quête de vérité l’a mené jusqu'à Vladivostok, très souvent suivi par le FSB. Sur le terrain, la délation est encouragée, comme à Ekaterinbourg où un média local a publié son numéro de téléphone, invitant la population à le harceler. « Ce pays n’a plus rien de drôle. Même ce qui relève du folklore, cette "âme russe" si attirante, est désormais un outil politique à part entière destiné à détourner le regard des curieux », écrit Paul Gogo.
Un « cauchemar administratif »
La pratique du journalisme en Russie s'est muée en un véritable parcours du combattant. Depuis 2022, les accréditations ne sont plus annuelles mais à renouveler tous les trois mois, transformant la vie des derniers correspondants étrangers en un « cauchemar administratif » permanent. Tout est passé au crible, explique Paul Gogo dans son livre : « Sachez que j’ai beaucoup donné à ce pays : des dizaines de photos, mes empreintes, un accès à mon téléphone, une radio des poumons, de l’urine, du sang, de la salive, des informations personnelles, ma voix, un peu de ma liberté et même de ma dignité. »
À cette pression s'ajoute l'isolement bancaire suite à la sortie du système SWIFT. Pour financer ses reportages, Paul Gogo devait voyager avec des milliers d'euros en liquide, ses cartes bancaires étrangères étant inutilisables.
En février 2026, Paul Gogo a quitté Moscou pour la France. Il continue d'écrire sur la Russie dans sa newsletter sur Substack.