Atelier des médias
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- À l’occasion des 20 ans de Cartooning for Peace, le dessinateur de presse Kak, président de l'association, était l’invité de L’atelier des médias. Pendant près d'une heure, il a été question de la défense des libertés face à la montée des autoritarismes ou encore de l'essor de l'IA.
375 dessinateurs de presse de 80 pays sont réunis sous la bannière Cartooning for Peace, qui vient de fêter ses 20 ans. Le mot d'ordre de cet anniversaire était l'intitulé d'une fresque dessinée le 24 septembre devant la mairie de Paris et d'une soirée au Théâtre de la Concorde : « Dessiner pour résister ».
Au micro de L'atelier des médias de RFI, Kak – Patrick Lamassoure à l'état civil – explique le mot « résistance » est le signe des évolutions politiques du monde. Face à la montée des extrêmes droites en Europe et au recul des libertés, la mission du réseau a dû s'adapter : « Il ne s'agit plus [seulement] de se battre pour défendre les autres [...], mais il s'agit même de se battre pour conserver ce modèle acquis durement ».
Forcer le trait avec intelligence
Comment synthétiser l'actualité sans la déformer ? « C'est exagérer sans travestir », résume le dessinateur pour définir son métier. En forçant le trait, le dessin suscite l'émotion pour ouvrir la réflexion : « Le dessin de presse a l'avantage de passer par le cœur avant de passer par la tête », explique Kak en saluant l'héritage de Plantu, président-fondateur de Cartooning for Peace.
Mais des dirigeants comme Donald Trump bouleversent la satire. Devant ces figures excessives, Kak s'amuse : « Le mec m’a battu, il a déjà fait la vanne en fait. » Face à ces « caricatures vivantes », le métier doit inventer un nouveau réflexe : « Mettre de la nuance dans la caricature » pour restaurer le sens critique.
Après « Je suis Charlie », concilier vigilance et liberté
Le traumatisme des attentats de janvier 2015 contre la rédaction de Charlie Hebdo et la haine en ligne ont marqué la profession. Refusant l'autocensure, Kak prône une responsabilité renforcée avant publication : « Je ne vais pas changer mon dessin, mais je vais le regarder une deuxième fois avant de le publier pour être certain qu'il ne peut pas y avoir une mauvaise interprétation, de bonne foi. » Cette démarche nourrit les ateliers menés par les dessinateurs de Cartooning for Peace auprès des jeunes et des détenus.
Une profession sentinelle des libertés
« Thermomètres de la démocratie », les dessinateurs sont les premiers ciblés par les régimes autoritaires. Pourquoi ? Parce que « le rire est le meilleur antidote contre la peur », rappelle Kak. Le réseau soutient des dessinateurs emprisonnés comme Ashraf Omar en Égypte ou exilés comme Safa Odah, venue de Gaza.
Mais la menace gagne l'Occident : aux États-Unis, Ann Telnaes a démissionné du Washington Post après la censure d'un dessin sur une rencontre au sommet entre Donald Trump et les dirigeants de la tech. En Pologne, l'assassinat du dessinateur russe Simion Skrepetsky montre la gravité des périls actuels.
L'IA « régurgitative » et l'importance d'une presse libre
S'agissant des outils d'intelligence artificielle, Kak récuse toute création algorithmique : « L'IA générative en réalité ne génère pas : elle rassemble, elle collecte, elle régurgite. On devrait l'appeler l'IA régurgitative. »
Alors que Cartooning for Peace occupe quasi quotidiennement la une du journal Le Monde, Kak rappelle que la survie du dessin dépend du soutien des citoyens. Et de lancer cet appel : « Abonnez-vous à un média, parce que l'information professionnelle, c'est la base de votre liberté d'expression. » - En pleine frénésie de l'intelligence artificielle, le journaliste Christophe Payet, auteur de GuerillIA (éditions du Seuil), invite à dépasser le marketing de la peur. Il prône une réappropriation locale, frugale et créolisée de l'intelligence artificielle. Entretien.
Ces temps-ci, les discours sur l’intelligence artificielle oscillent entre deux extrêmes : des promesses de salut ou l'apocalypse. Pour Christophe Payet, ces récits s'inscrivent dans un véritable « technopium » – clin d'œil à l'opium du peuple théorisé par Karl Marx. « Ce récit mystique, qu’il soit fasciné ou apocalyptique, nous condamne totalement à l’impuissance », analyse-t-il.
Au micro de L'atelier des médias, l'auteur de GuerillIA explique qu'en alimentant la peur d'une superintelligence incontrôlable, les géants technologiques font de la com' et masquent des réalités concrètes et prosaïques : la consommation d'eau des data centers, la précarisation des travailleurs du clic au Kenya ou à Madagascar, et la prolifération du « slop », cette bouillie de contenus synthétiques.
Biais idéologiques et impérialisme culturel
Conçues en majorité par des hommes blancs californiens, les IA génératives véhiculent les présupposés culturels de leurs concepteurs. Elles intègrent aussi de la « sycophancy », cette flatterie algorithmique conçue pour susciter de l'addiction. Plus grave encore, la diffusion planétaire de ces modèles impose une vision du monde unique. Christophe Payet alerte : « On est dans une monoculture imposée qui est en réalité un nouvel impérialisme culturel ». L'enjeu fondamental, rappelle-t-il, ne doit pas résider dans la quête d'une puissance brute, mais dans l'appropriation démocratique des outils.
Des modèles frugaux et une créolisation de l'IA
La riposte passe par des initiatives à des échelles plus petites. À l'image de la start-up sud-africaine Lelapa AI et de son modèle IncubaLM, entraîné spécifiquement sur cinq langues africaines, des alternatives émergent. Frugaux en énergie et accessibles hors ligne, ces outils répondent à de vrais besoins citoyens. Il s'agit de « créoliser l'IA », c'est-à-dire de « récupérer cette technologie pour en faire une technologie dont on s'empare avec notre langue, notre culture et nos enjeux locaux ».
Mener la guérilla dans les interstices technologiques
S'inspirant du Manuel du guérillero urbain (1969) de Carlos Marighella, Christophe Payet appelle à utiliser les plateformes open source comme Hugging Face pour s'approprier les armes de l'ennemi. Enfin, l'auteur, qui assume avoir utilisé Claude, d'Anthropic, pour le challenger durant l'écriture de ce livre, met en garde contre la « prolétarisation cognitive ». « Si je lui délègue l'écriture à ma place, je vais me prolétariser et perdre en savoir-penser. » - Le pape Léon XIV séjournera en France du 25 au 28 septembre 2026. Au mois de mai, le souverain pontife publiait une encyclique, Magnifica Humanitas, dans laquelle il alertait sur les dangers de l’intelligence artificielle, mais il affirmait aussi l’importance du travail des journalistes. Hervé Brusini, président du prix Albert-Londres, a trouvé ce texte « remarquable » et il explique pourquoi au micro de L’atelier des médias de RFI.
C'est un « agnostique absolu » qui se dit interpellé par la parole du pape. Journaliste, président du prix Albert-Londres, Hervé Brusini n'a rien d'un vaticaniste. Mais l’encyclique Magnifica Humanitas, publiée le 25 mai 2026, a attiré son attention. Si tout le monde a relevé qu'elle aborde les périls de l'intelligence artificielle, moins nombreux sont ceux qui ont noté que la publication pontificale affirme avec force la nécessité d’un journalisme de qualité, fondé sur la vérification, le récit et l'explication.
Aussi, fin août, Hervé Brusini a signé une tribune dans le journal Le Monde. Au micro de L'atelier des médias, il salue un texte venu « sonner les cloches » des rédactions. Pour lui, la démarche du pape constitue une reconnaissance inédite de la légitimité des journalistes à un moment où la profession traverse une crise de confiance et fait face à ce qu'il qualifie de « guerre déclarée à la réalité ».
Du rejet de la presse au « virage dialectique » de la vérité des faits
L’entretien revient sur l'histoire des relations entre l'institution catholique et les moyens de communication. Si l'invention de l'imprimerie par Gutenberg a d'abord suscité l'enthousiasme, l’Église s'est rapidement méfiée des traductions en langues vernaculaires qui favorisaient la libre interprétation des textes.
Au XVIIIe et au XIXe siècle, les déclarations papales qualifiaient encore la liberté de la presse de « droit monstrueux ». Le basculement s'amorce sous Léon XIII, par exemple avec la création de L'Osservatore Romano en 1861. Radio Vatican verra le jour en 1931.
L'essor de la télévision sous Pie XII marque ensuite une étape décisive doublée d'un « virage dialectique », que prolongent Jean XXIII puis Paul VI, ce dernier affirmant que la vérité de l’information est une « vérité photographique, celle des événements, des faits ». Face à cette solide tradition intellectuelle, Hervé Brusini constate non sans ironie : « Ce qui est terrible ou ce qui est stupéfiant, c'est que [l'Eglise] pense plus que nous ».
Précision des mots, éthique et mission
Président du Comité relatif à l’honnêteté, à l’indépendance et au pluralisme de l’information et des programmes (Chipip) de France Médias Monde, Hervé Brusini souligne l’importance de répondre aux saisines du public avec rigueur et pédagogie. La précision du vocabulaire est elle aussi déterminante.
Enfin, alors que les jeunes générations grandissent entourées d'écrans, le président du prix Albert-Londres appelle de ses vœux une vaste éducation aux médias et à l'information (EMI), avec la participation des journalistes.
Refusant tout désenchantement, il rappelle le sens profond de sa démarche : « Cette mission ne me vient pas d'un appel du Seigneur, mais d'un appel politique des personnes qui attendent tellement de nous. » Et de rappeler : « Le journalisme c'est la vie. » - Face aux ingérences étrangères, à la désinformation amplifiée par l'IA et au pouvoir croissant des géants du numérique, l'Union européenne prépare son « bouclier européen de la démocratie ». Enregistré à la Fabrique de la diplomatie, cet épisode de L'atelier des médias reçoit la députée européenne Nathalie Loiseau pour décrypter les enjeux d'une riposte stratégique.
Enregistré le 4 septembre 2026 lors d'un événement intitulé la Fabrique de la diplomatie sur le campus de l'Université Sorbonne Nouvelle, ce numéro de L'atelier des médias explore la vulnérabilité des démocraties face aux attaques informationnelles.
Des ingérences amplifiées à l'ère du numérique
À l'approche de scrutins majeurs en France et dans le monde, la députée européenne Nathalie Loiseau pointe l'urgence d'une prise de conscience citoyenne. Si la manipulation de l'information à des fins politiques n'est pas nouvelle, son échelle et sa rapidité de diffusion ont changé de dimension : « La désinformation est vieille comme le monde. Ce qui se passe à l'ère du numérique, c'est qu'elle est amplifiée et elle est accélérée ».
Nathalie Loiseau met la Russie de Vladimir Poutine à l'index. Elle rappelle que ce pays demeure le principal vecteur d'ingérence sur le continent européen, ciblant tout particulièrement l'Hexagone : « Le deuxième pays sur le continent européen le plus ciblé par les ingérences russes, derrière l'Ukraine, c'est la France ». Des figures politiques comme Édouard Philippe [que Nathalie Loiseau soutien, ndlr], Gabriel Attal ou Raphaël Glucksmann ont ainsi été visées par des opérations coordonnées destinées à semer le doute et à altérer la confiance démocratique.
Le bouclier européen et le DSA : réguler les comportements, pas les opinions
Pour contrer ces menaces, le Parlement européen examine les recommandations du « bouclier européen de la démocratie ». Face aux accusations de censure que certains opposants pourraient formuler, Nathalie Loiseau opère une distinction nette entre liberté d'expression et manipulation automatisée : « La liberté d'expression, c'est un droit pour un être humain. C'est pas la liberté pour des robots de donner une visibilité artificielle à un contenu ».
S'appuyant sur le Digital Services Act (DSA), l'UE entend encadrer les comportements inauthentiques et forcer les plateformes à respecter le droit européen. L'eurodéputée rappelle l'apport protecteur du texte pour les citoyens : « Si vous êtes Européen, grâce à cette loi, si l'un de vos contenus posté sur un réseau social est supprimé [...], vous avez une voie de recours [...] Dites-moi où est la censure ? ». Le rapport préconise également la création d'un Centre européen pour la résilience démocratique afin d'échanger les meilleures pratiques, à l'image de l'agence française Viginum ou d'initiatives menées à Taïwan et en Moldavie.
À écouter aussiViginum : les ingérences numériques étrangères en ligne de mire
IA générative et soutien aux médias : le choix de la véracité
L'entretien aborde enfin les dérives de l'intelligence artificielle générative qui peuvent faire ressurgir des contenus de propagande pourtant interdits dans l'UE. Nathalie Loiseau plaide pour soumettre les IA conversationnelles aux exigences du DSA et réaffirme l'importance cruciale d'un écosystème médiatique solide : « On n'aura pas de démocratie en bonne santé si on n'a pas des médias en bonne santé, notamment des médias de service public ».
Pour garantir la transparence de l'information face à la viralité des réseaux sociaux, Nathalie Loiseau défend l'adoption de normes indépendantes comme le label Journalism Trust Initiative (JTI), afin de « remplacer la viralité par la véracité ».
À écouter aussiCe que la certification Journalism Trust Initiative représente - Pour la reprise de L'atelier des médias après une pause estivale, Steven Jambot reçoit Quentin Botbol, directeur général d'Indigo Publications, et Paul Deutschmann, rédacteur en chef d'Africa Intelligence. Ils décryptent le modèle singulier d'un groupe de presse indépendant, fondé sur l'investigation exclusive et un financement reposant uniquement sur ses lecteurs.
Fondé en 1981 par Maurice Botbol et aujourd'hui dirigé par son fils Quentin Botbol, Indigo Publications s’est spécialisé dans l’information à haute valeur ajoutée. Avec des titres comme Africa Intelligence, La Lettre, Intelligence Online ou le plus récent Glitz, le groupe se concentre sur les mécanismes de décision au plus haut niveau de l'État et des grandes entreprises.
Son modèle économique est strictement fondé sur l’abonnement payant, excluant toute publicité ou actionnariat extérieur pour garantir son indépendance.
Au cœur de cette stratégie, le quotidien numérique Africa Intelligence, publié en français et en anglais, s'attache à couvrir les « angles morts » et les « signaux faibles » du continent africain. Paul Deutschmann souligne l'importance d'un réseau d'une centaine de correspondants, essentiels pour obtenir une information de terrain, souvent protégés par l'anonymat dans des contextes politiques sensibles.
Pionnier du numérique dès 1995, le groupe revendique aujourd'hui près de 50 000 abonnés et un chiffre d'affaires dépassant les 10,5 millions d'euros.
L'ambition d'Indigo s'est récemment étendue au grand public avec la reprise de la Revue21 en 2023. Ce nouveau départ du magazine s'accompagne du développement de sa présence numérique.
Acerca de Atelier des médias
L'atelier des médias, présenté par Steven Jambot, est une émission qui analyse les r/évolutions du journalisme et des médias à l'ère numérique. Elle est diffusée en podcast chaque samedi matin. Contact : atelier@rfi.fr
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