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Atelier des médias

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  • « Moscou Parano » : Paul Gogo, un journaliste français dans la Russie de Poutine

    28/03/2026
    Après neuf ans en Russie, le journaliste indépendant Paul Gogo publie Moscou Parano, un livre dans lequel raconte les coulisses de son métier de correspondant dans dans ce pays. Entre harcèlement administratif, surveillance permanente et climat de délation, il explique au micro de L'atelier des médias de RFI pourquoi il a finalement quitté Moscou en février 2026.
    Le journalisme en Russie est-il devenu mission impossible quand on est indépendant ? Pour Paul Gogo, qui vivait à Moscou depuis 2017, la réponse est amère. Dans son dernier livre – le deuxième –, Moscou Parano – La Russie de Poutine mise à nu, il décrit un pays transformé par la guerre en Ukraine en une dystopie où la surveillance est devenue la norme. Dans L'atelier des médias, le journaliste français confie que quitter le territoire russe a finalement représenté un soulagement : « Je ne suis plus dans une situation où je pourrais finir en prison ce soir. »
    L'héritage d'Anna Politkovskaïa
    Profondément marqué par la lecture de la journaliste assassinée Anna Politkovskaïa, Paul Gogo a bâti son approche éditoriale sur le reportage au long cours, dans les pays en conflit, pour « donner la parole aux vivants ». Il rappelle aussi que la société russe n'est pas monolithique. Pour lui, il est crucial de chercher les nuances au sein de la population, soulignant la complexité d'un peuple pris entre lassitude et peur.
    Cette quête de vérité l’a mené jusqu'à Vladivostok, très souvent suivi par le FSB. Sur le terrain, la délation est encouragée, comme à Ekaterinbourg où un média local a publié son numéro de téléphone, invitant la population à le harceler. « Ce pays n’a plus rien de drôle. Même ce qui relève du folklore, cette "âme russe" si attirante, est désormais un outil politique à part entière destiné à détourner le regard des curieux », écrit Paul Gogo.
    Un « cauchemar administratif »
    La pratique du journalisme en Russie s'est muée en un véritable parcours du combattant. Depuis 2022, les accréditations ne sont plus annuelles mais à renouveler tous les trois mois, transformant la vie des derniers correspondants étrangers en un « cauchemar administratif » permanent. Tout est passé au crible, explique Paul Gogo dans son livre : « Sachez que j’ai beaucoup donné à ce pays : des dizaines de photos, mes empreintes, un accès à mon téléphone, une radio des poumons, de l’urine, du sang, de la salive, des informations personnelles, ma voix, un peu de ma liberté et même de ma dignité. »
    À cette pression s'ajoute l'isolement bancaire suite à la sortie du système SWIFT. Pour financer ses reportages, Paul Gogo devait voyager avec des milliers d'euros en liquide, ses cartes bancaires étrangères étant inutilisables.
    En février 2026, Paul Gogo a quitté Moscou pour la France. Il continue d'écrire sur la Russie dans sa newsletter sur Substack.
  • De l'éducation aux médias au combat du Fonds pour une presse libre

    21/03/2026
    Alors que s'ouvre lundi la Semaine de la presse et des médias dans l'école, Steven Jambot reçoit Serge Barbet, directeur du Clemi, puis Charlotte Clavreul, du Fonds pour une presse libre, pour discuter des enjeux majeurs de l'information et du pluralisme dans l'écosystème informationnel.
    Les temps sont durs et les crises sont multiples à travers le monde. Dans ce contexte, le « vivre-ensemble » est mis à rude épreuve, y compris dans les démocraties bien établies comme la France. Dans cet épisode de L'atelier des médias, nous explorons deux initiatives qui agissent pour le bien commun à travers une information citoyenne de qualité.
    L'éducation aux médias est fondamentale
    Lundi 23 mars 2026 marque l'ouverture de la 37e édition de la Semaine de la presse et des médias dans l'école. Serge Barbet, directeur du Clemi, souligne l'urgence de revenir aux fondamentaux avec le thème « Où est l'info ? ». 
    Cette mission de résilience dépasse évidemment les seules frontières françaises. Ainsi, Serge Barbet préside le Réfémi, un réseau qui unit autour de l'EMI des organismes de Côte d’Ivoire, du Sénégal ou encore du Cameroun. Un engagement vital pour la stabilité de nos sociétés.
    Le procès de Bolloré mis en scène par le Fonds pour une presse libre
    Dans la seconde partie de l'émission, Steven Jambot reçoit Charlotte Clavreul, directrice du Fonds pour une presse libre (FPL). Elle vient présenter Le procès de Bolloré, publié le 19 mars 2026. Ce livre, qui fait suite à une audience publique symbolique, donne un aperçu du système médiatique d'influence porté par le milliardaire français Vincent Bolloré.
    Charlotte Clavreul justifie ainsi le diagnostic : « Ce sont des médias de la haine tout simplement. Ce sont des médias qui propagent, qui diffusent des idées racistes, xénophobes, qui radicalisent le débat public, qui cherchent tout le temps en fait des boucs émissaires ». 
    Sanctuariser le journalisme indépendant
    Face à la concentration des médias, le FPL propose un modèle de résistance. Créé par l'équipe de Mediapart, cet organisme à but non lucratif a d'abord servi à sanctuariser le capital du journal en ligne pour le rendre incessible et insaisissable : ce média ne pourra jamais être racheté par un grand groupe industriel.
    Reconnu d'intérêt général, le FPL soutient désormais tout l'écosystème français de la presse indépendante grâce aux dons de citoyens. Que ce soit par des subventions à l'innovation, des avances remboursables ou le Fonds Ripostes dédié à la défense juridique des rédactions attaquées, l'objectif reste le même : garantir un journalisme libre.
  • Le mystère des stations de nombres relancé par une diffusion en persan

    14/03/2026
    L’atelier des médias reçoit le journaliste Guillaume Origoni, qui publie Le mystère des stations de nombres. Ce livre, fruit d’une enquête s’étalant sur plus de douze ans, retrace l'histoire de ces fréquences clandestines dont il est admis qu'elles ont été utilisées par les services de renseignement pour communiquer avec des agents infiltrés. Et pourraient encore l'être aujourd'hui...
    Le 28 février 2026 au soir, quelques heures seulement après le début des bombardements israélo-américains sur l’Iran, une fréquence s'est animée sur les ondes courtes. Sur 7910 kHz, une transmission radio a débuté : une voix d'homme égrène des suites de chiffres en persan. C'est ce que l'on appelle une station de nombres.
    Quelques jours plus tard, elle est pasée sur 7842 kHz à la suite d'un brouillage de la fréquence initiale mais celle que l'on a baptisée V32 continue de diffuser deux fois par jour durant plusieurs dizaines de minutes et jusqu'à 1h30. Qui diffuse ces messages ? À qui sont-ils destinés ? Que contiennent-ils ? Et plus globalement : que sont les stations de nombres ?
    Des ondes décamétriques au service du secret
    Le journaliste indépendant Guillaume Origoni vient justement de publier un livre intitulé Le mystère des stations de nombres (Buchet Chastel, février 2026). Il rappelle que « tout le monde peut les entendre mais en fin de compte personne ne peut savoir quelle est la nature des communications et des messages qui sont échangés et à qui ils s’adressent ». Ce retour des voix chiffrées n'est, selon lui, pas une coïncidence : des stations de nombres avaient déjà recommencé à émettre à la suite de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie de Vladimir Poutine, en 2022.
    À lire aussi sur France 24Derrière le mystère des émissions radio en persan, le retour d'une vieille technique d'espionnage
    Les stations de nombres utilisent les ondes courtes (entre 3 et 30 MHz), capables de parcourir des milliers de kilomètres en rebondissant entre la croûte terrestre et l'ionosphère. Durant la guerre froide, elles étaient le « théâtre de l'esprit », selon l'expression du pionnier Havana Moon. Parmi les plus connues : Swedish Rhapsody (G02) avec sa berceuse, ou du Lincolnshire Poacher (E03).
    L'analogique survit au XXIe siècle
    Guillaume Origoni souligne la dimension esthétique et inquiétante de ces émissions : « une froideur qui confine à la rigor mortis. Ces messages n’ont pas d’âme ». Pourtant, derrière ces voix synthétiques se cache un chiffrement efficace qui repose sur un one-time pad (masque jetable), un code mathématiquement inviolable si la clé n'est utilisée qu'une seule fois. Comme l'explique l'auteur : « Personne ne peut craquer le message, personne ne peut le décrypter. Les rares fois où cela est arrivé, c’est parce qu’il y a eu une négligence humaine. »
    À l'heure du numérique, la survie de ces spy radios a de quoi fasciner. La résilience des ondes courtes réside dans leur robustesse, leur efficacité et la simplicité du matériel de réception. Posséder un poste de radio n'est pas suspect, contrairement à l'usage de logiciels de cryptage sophistiqués. Par ailleurs, en cas de shutdown numérique, comme en Iran, les ondes courtes restent un moyen fiable de recevoir des informations.
  • Femmes journalistes : entre vocation passionnée et obstacles systémiques

    07/03/2026
    Pour la Journée internationale des droits des femmes, L'atelier des médias reçoit la journaliste Claire Lemaître qui analyse dans un livre les réalités de l'exercice du métier de journaliste, en France, pour les femmes. Entre précarité, sexisme et plafond de verre, ces professionnelles de l'information défendent leur place, malgré tout.
    Fin 2025, la journaliste Claire Lemaître a cosigné avec l'enseignante-chercheuse Pauline Renaud un livre intitulé Femmes journalistes : entre passion et (dés)illusion. Cet essai s'appuie sur les témoignages de 31 professionnelles de l'information aux profils variés et analyse un paradoxe criant : alors que le métier se féminise – 48 % de cartes de presse sont détenues par des femmes en France –, les inégalités structurelles demeurent.
    Claire Lemaître souligne que derrière cette parité de façade, les femmes sont plus exposées à la précarité, étant surreprésentées parmi les pigistes et les contrats courts. Elles font face à un plafond de verre persistant qui limite leur accès aux postes de direction. Pourtant, le journalisme demeure pour elles une vocation puissante, souvent rêvée dès l'enfance. L'autrice explique que pour beaucoup, ce métier définit leur identité : « Ce sont des femmes qui voient un métier utile. Il y a un rôle démocratique là-dedans. Elles ont des valeurs, elles estiment que c'est un métier qui fait avancer, qui fait bouger les choses et c'est quelque chose de très important pour elle ».
    La confrontation avec le réel impose souvent une désillusion. Lemaître invoque le concept sociologique d'illusio de Pierre Bourdieu pour décrire cet arbitrage permanent entre les gratifications et les sacrifices consentis. Parmi les obstacles majeurs figurent le sexisme ou encore les freins liés à la maternité. Comme le précise Claire Lemaître : « La carrière va souvent stagner. Le métier de journaliste est un métier où la disponibilité est considérée comme une compétence. » Elle note également la difficulté pour certaines femmes de témoigner sous leur véritable identité des violences subies : « C’est souvent plus valorisant de dire que ça a été facile, qu'on a été forte, qu'on a été recherchée. Dire qu'on a été harcelée, ça reste quand même compliqué. » L'entretien aborde aussi l'intersectionnalité, rappelant que les femmes racisées subissent des difficultés cumulées.
    Face à ces défis, des stratégies de survie émergent. La spécialisation permet de s'imposer par l'expertise. La sororité et l'organisation en collectifs, tels que Prenons la une, deviennent des leviers essentiels pour briser l'isolement et lutter contre l'opacité salariale. Ces espaces permettent de transformer le sentiment d'injustice en force collective.
    En conclusion, Claire Lemaître exhorte les futures journalistes à « créer un réseau avec d'autres femmes ou avec d'autres hommes aussi pour se protéger mais aussi pour se donner de l'élan ». Le mot de la fin revient à la démocratie, car l'apport des femmes est indispensable pour garantir une information plurielle.
  • « L’adieu au journal » : comment la presse papier a changé le monde

    28/02/2026
    L'atelier des médias reçoit l'historien Guillaume Pinson pour explorer la « révolution anthropologique » du journal papier, de son triomphe au XIXe siècle à sa disparition progressive face au numérique. Dans L’adieu au journal (CNRS éditions, 2026), cet universitaire québécois raconte comment l'ère médiatique, qui a précédé l'ère numérique, a radicalement changé nos émotions, nos sensibilités sonores et notre rapport au temps.
    L'ouvrage s'articule autour de quatre mouvements. Le premier explore les émotions. Pour Guillaume Pinson, la presse papier n’a pas seulement apporté de l’information, elle a agi comme le « premier système affectif de masse ». En lisant quotidiennement les mêmes nouvelles, « l’humanité a appris à ressentir le monde de manière synchronisée ». Ce « désir de connexion » de 1850 a tout d'un ancêtre direct de notre addiction aux notifications.
    Quand le papier faisait du bruit
    Le deuxième mouvement est plus surprenant : le journal était une « machine sonore ». Avant le gramophone, il était la « machine à enregistrer les sons la plus performante ». Par l'invention de l'interview (la parole vive) ou la publication de partitions musicales, le journal « sonorisait » le réel. Guillaume Pinson évoque ainsi le rôle des crieurs de rue qui « chantaient les titres en occupant l’espace sonore urbain ».
    Un empire de papier francophone
    L'auteur décrit ensuite un « empire de papier » francophone mondial. Au XIXe siècle, le français était la langue du luxe et de la diplomatie. « La dimension médiatique du territoire francophone s’étirait presque à l’infini », de Shanghai à Rio. Ce réseau fonctionnait déjà par un système de « copier-coller », créant une véritable toile mondiale bien avant l'avènement d'Internet.
    La fin de la respiration temporelle
    La rupture la plus vive concerne notre rapport au temps. Le journal imposait des pauses, un rythme marqué par le fameux « À suivre » des romans feuilletons. Selon Guillaume Pinson, « nous avons perdu un certain rapport à cette respiration temporelle un peu forcée que nous imposait le journal ». L'historien n'oublie pas la face sombre de cette industrie, rappelant le sort de ces enfants qui distribuaient le journal pour un maigre revenu. Et que l'on peut mettre en parallèle avec les enfants qui au XXIe siècle travaillent dans des mines pour extraire les métaux qui permettent de fabriquer nos appareils électroniques.

Acerca de Atelier des médias

L'atelier des médias, présenté par Steven Jambot, est une émission qui analyse les r/évolutions du journalisme et des médias à l'ère numérique. Elle est diffusée en podcast chaque samedi matin.  Contact : [email protected] 
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